MALI – AZAWAD : DES PROTESTATIONS DE 2017 À LA GUERRE TOTALE, LES RACINES D’UNE CRISE QUI CONTINUE D’ENFLAMMER LE PAYS

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Mali-Azawad : Des contestations de 2017 à la guerre totale, les racines d’une crise qui continue d`embraser le pays.

Comment le Mali est-il passé d’un débat sur la révision de la Constitution à une guerre qui oppose aujourd’hui l’État, des mouvements armés et des groupes djihadistes, sur fond d’interventions étrangères et de profondes fractures politiques ? Pour de nombreux observateurs, la séquence ouverte en 2017 avec la contestation de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger constitue un tournant majeur.

Depuis, coups d’État militaires, recomposition des forces politiques, rupture avec les partenaires occidentaux, rapprochement avec la Russie et multiplication des accusations de violations des droits humains ont profondément transformé le paysage malien.

Par Mohamed AG Ahmedou, journaliste et acteur de la société civile de Tombouctou et Taoudenit.


UNE CONTESTATION NÈE AUTOR DE L`ACCORD D`ALGER

Pour comprendre la situation actuelle du Mali et de l’Azawad, il faut revenir à l’année 2017.

Cette année-là, une vaste plateforme citoyenne, Antè A Bana – Touche pas à ma Constitution, voit le jour afin de s’opposer au projet de révision constitutionnelle porté par le président d’alors Feu Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Les opposants considèrent alors que cette réforme mettrait en œuvre certaines dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation issue du processus d’Alger, signé à Bamako en Mai et Juin 2015 entre l’État malien, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et les mouvements d’autodéfense pro malien regroupés dans la Plateforme d’Alger du 14 juin 2014.

Au cœur des débats figure notamment la régionalisation prévue par l’accord. Les partisans de la réforme y voient une étape vers une meilleure décentralisation du pays. Ses adversaires dénoncent au contraire un risque de remise en cause de l’unité nationale, certains assimilant cette régionalisation à une autonomie accordée aux régions du Nord.

Pour d’autres acteurs politiques, dont l’ancien Premier ministre Moussa Mara, cette lecture est erronée. Celui-ci soutenait que les dispositions de l’Accord d’Alger renforçaient davantage l’État central qu’elles ne répondaient aux revendications historiques des mouvements armés de l’Azawad.

DE LA MOBILISATION CITOYENNE À LA RECOMPOSITION POLITIQUE

Selon plusieurs analyses et témoignages rendus publics au Mali, la dynamique créée par Antè A Bana aurait progressivement débouché sur une recomposition politique plus large. Une partie de cette mouvance contribuera à la naissance du M5-RFP (Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques) en 2020, tandis qu’une autre poursuivra son engagement au sein de Yerewolo Debout sur les Remparts, dirigé par Adama Diarra, connu sous le surnom de « Ben le Cerveau ».

Le M5-RFP rassemble alors des personnalités très diverses, parmi lesquelles l’imam Mahmoud Dicko, Choguel Kokalla Maïga, Cheick Oumar Sissoko, Mountaga Tall, Modibo Sidibé ainsi que d’autres responsables politiques et de la société civile.

Selon des déclarations publiques attribuées à Amara Sidibé, un mobilisateur de foule en été 2021 à l’école de maintien de la paix, lors d’une conférence organisée par l’opposant malien Cheik Oumar Doumbia de la plateforme dénommée Youth for Change Mali à Bamako, des contacts auraient existé entre certains acteurs de cette mouvance et des militaires avant le coup d’État de 2020 depuis 2018 et 2019.

Et que le président Ibrahim Boubacar Keita était au courant des réunions qui ont existé entre les membres de la plateforme Ante A Bana et les militaires que le président IBK dénonçait en 2019.

LES COUPES DE 2020 ET 2021.

Fragilisé par une profonde crise sécuritaire, économique et politique, ainsi que par une contestation populaire de grande ampleur, le président Ibrahim Boubacar Keïta est renversé le 18 août 2020 par un groupe d’officiers dirigé notamment par le colonel Assimi Goïta. Sous la pression de la CEDEAO et de l’Union africaine, une transition est mise en place avec Bah N’Daw comme président de transition et Moctar Ouane comme Premier ministre.

Quelques mois plus tard, en mai 2021, un second coup d’État intervient. Les militaires arrêtent Bah N’Daw et Moctar Ouane après la formation d’un nouveau gouvernement dans lequel plusieurs officiers influents, dont Sadio Camara et Modibo Koné, ne sont plus reconduits.Assimi Goïta devient alors président de la transition.

CHOGUEL MAÏGA ET LA BATAILLE DE LA COMMUNICATION

Dans la nouvelle architecture du pouvoir, Choguel Kokalla Maïga, président du comité stratégique du M5-RFP, est nommé Premier ministre. Parallèlement, la communication devient un enjeu central. De nombreux journalistes maliens dénoncent progressivement des restrictions croissantes visant les médias traditionnels, tandis que les autorités accordent une place de plus en plus importante aux influenceurs et aux activistes des réseaux sociaux pour défendre leur action.

Cette évolution s’accompagne de fermetures de médias, de suspensions d’émissions, d’arrestations de journalistes et d’une polarisation grandissante du débat public. S’en est suivi également le recrutement des cyber activistes étrangers tels que les Franklin Niumsi, Dany Almeda, Nathalie Yamb et d’autres pour soutenir le pouvoir d’imposture illégal et illégitime d’Assimi GOITA et ses partenaires russes de Wagner et d’Africa Corps qui ont drainé le floue au Mali et au Sahel.

Ce qui a influencé la toile africaine avec des narratifs anti France et qui a favorisé les coups de force au Burkina Faso et au Niger.

LE TOURNANT RUSSE

Après la rupture progressive avec plusieurs partenaires occidentaux, les autorités maliennes se rapprochent de Moscou. À partir de la fin de l’année 2021, des instructeurs et combattants du groupe Wagner sont déployés au Mali dans le cadre d’une coopération sécuritaire entre Bamako et la Russie. Les autorités maliennes parlent d’instructeurs russes, tandis que plusieurs gouvernements occidentaux et organisations internationales y compris le président russe Vladimir Poutine, identifient leur présence comme celle du groupe Wagner, devenu ensuite Africa Corps.

Depuis ce déploiement, de nombreuses organisations internationales de défense des droits humains documentent des accusations d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et d’atteintes aux populations civiles lors d’opérations militaires conduites conjointement avec les forces maliennes. Les autorités maliennes contestent ces accusations et affirment lutter exclusivement contre les groupes armés terroristes.

L`AZAWAD REPLONGE DANS LA GUERRE

La reprise des hostilités entre les autorités maliennes et les anciens mouvements signataires de l’Accord d’Alger marque un nouveau basculement. La région de Kidal repasse sous contrôle de l’armée malienne en novembre 2023 après plus d’une décennie d’absence de l’État. Depuis, les combats se sont intensifiés dans les régions de Kidal, Tombouctou, Gao, Ménaka et Taoudéni.

Les associations de défense des droits humains locales et la population civile concernée et le Front de libération de l’Azawad accusent régulièrement l’armée malienne d’utiliser des drones armés contre des zones civiles, notamment lors de frappes ayant touché le 7 Novembre 2023 Kidal, le 17 Mars 2024 Amassarakad, le 20 Octobre 2024 Inadjatafane, le 08 Juillet 2025 la foire hebdomadaire de Zouéra, le 25 Octobre 2025 Ememelane, le 13 Novembre 2025 Tangara, le 14 Novembre 2025 Eghachar N’tirikene ou encore d’autres localités qui ont été visés par des drones et des bombes à sous munitions de l’armée malienne et ses partenaires russes d’Africa Corps. Ils évoquent de nombreuses victimes civiles.

Les autorités maliennes, de leur côté, soutiennent dans les communiqués officiels que ces frappes visent exclusivement des objectifs militaires et des groupes armés. Ce qui est totalement faux.

UNE GUERRE DES RÈCRITS

Au-delà des affrontements militaires, le Mali connaît aujourd’hui une véritable guerre de l’information. Chaque camp développe son propre récit des événements. Les autorités dénoncent une campagne de désinformation menée par leurs adversaires. Les mouvements de l’Azawad accusent l’État de dissimuler les exactions commises contre les populations civiles.

Entre ces discours antagonistes, les organisations internationales, les ONG de défense des droits humains nationales et internationales et les journalistes indépendants peinent souvent à accéder aux zones de combat mais avec la prolifération des WiFi satellitaires starlink, beaucoup d’organisations de défenses des droits humains locales et internationales ont pu documenter les faits à travers des images authentiques.

L'ÉQUILIBRE MILITAIRE DES POUVOIRS SERA À NOUVEAU PERTURBÉ EN 2026.

Le conflit connaît un nouveau tournant au printemps 2026. Les 25 et 28 avril, le Front de libération de l’Azawad annonce avoir repris respectivement le contrôle des villes de Kidal et de Tessalite, à l’issue d’affrontements d’une rare intensité contre les Forces armées maliennes et leurs alliés russes d’Africa Corps dont ces derniers ont fini par céder et quitter les deux villes.

Si les autorités maliennes livrent une lecture différente de ces événements, cette séquence marque, selon plusieurs observateurs, une nouvelle évolution du rapport de force dans le nord du pays appelé Azawad par ses habitants.


Pour les responsables du FLA, ces batailles constituent leur plus importante victoire militaire depuis la reprise des hostilités avec Bamako. Ils les rapprochent des combats de Tinzawatène de juillet 2024, au cours desquels de lourdes pertes avaient été rapportées dans les rangs du groupe Wagner. Les estimations du nombre de victimes varient toutefois selon les sources disponibles.

Ces affrontements illustrent l’enlisement d’un conflit qui, loin de s’atténuer après la dénonciation de l’Accord d’Alger et la militarisation croissante de la stratégie de Bamako, continue de remodeler la géographie militaire de l’Azawad. Ils témoignent également de la capacité des mouvements armés à mener des offensives d’envergure malgré le renforcement des moyens militaires de l’État, notamment grâce à l’acquisition de drones armés et au soutien de partenaires russes.

LA MONTÉE DU SENTIMENT ANTI-FRANCAIS ET LARUPTURE DIPLOMATIQUE DU MALI AVEC SES PARTENARIES OCCIDENTAUX

À partir de 2018, les relations entre Bamako et Paris se sont progressivement dégradées dans un contexte de montée du souverainisme et de remise en cause de la présence militaire et diplomatique française au Mali. Cette évolution s’est accompagnée d’une campagne politique et médiatique dénonçant l’influence française, campagne portée par plusieurs acteurs de la société civile et du mouvement M5-RFP, parmi lesquels Abdoulkader Maïga, alors proche de Choguel Kokalla Maïga et considéré comme l’un des principaux communicants de ce courant. Les critiques se sont étendues à des représentants des Nations unies, souvent perçus, à tort ou à raison, comme étant de nationalité française.

L’expulsion du chef du bureau régional de la MINUSMA à Kidal, Christophe Sivillon, en 2019, celle du journaliste français de RFI Anthony Fouchard en 2018, celle du porte-parole de la MINUSMA Olivier Salgado en juillet 2022, puis celle de Guillaume Ngefa, directeur de la Division des droits de l’homme de la MINUSMA, en février 2023, illustrent cette séquence de rupture avec plusieurs partenaires internationaux.

L’affaire des 49 militaires ivoiriens arrêtés en juillet 2022 s’inscrit également dans ce climat de confrontation diplomatique, alors que la Côte d’Ivoire affirmait qu’ils étaient déployés dans le cadre du soutien logistique à la MINUSMA, les autorités maliennes y voyaient une atteinte à leur souveraineté, dans un discours où la France était régulièrement présentée comme un acteur agissant en arrière-plan.

Cette stratégie de communication, qui a largement contribué à nourrir un sentiment anti-français dans une partie de l’opinion publique, a également accentué l’isolement diplomatique du Mali. Ironie de l’histoire, plusieurs figures qui avaient activement soutenu cette ligne politique ont ensuite été marginalisées par le régime lui-même. Abdoulkader Maïga a été emprisonné en 2024 après avoir pris la défense de Choguel Kokalla Maïga face aux nouvelles orientations du pouvoir, tandis que Ben le Cerveau, figure de Yèrèwolo Debout sur les Remparts, est détenu depuis le 5 Septembre 2023.

Une évolution qui illustre la capacité de la transition à écarter ses anciens soutiens dès lors qu’ils deviennent critiques.

LE SILENCE SUR LES EXACTIONS DANS L`AZAWAD : UNE FRACTURE PERSISTANTE ENTRE LES OPPOSITIONS MALIENNES

L’une des lignes de fracture les plus profondes entre les opposants au régime militaire réside aujourd’hui dans la manière d’aborder les violences commises contre les populations civiles. Si de nombreuses voix du sud du Mali dénoncent les atteintes aux libertés publiques, la confiscation du pouvoir ou la crise économique, elles demeurent souvent plus discrètes lorsqu’il s’agit de documenter ou de relayer les exactions attribuées aux forces armées maliennes et à leurs alliés dans les régions de Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka, Taoudéni ou dans le centre du pays.

Pour de nombreux acteurs de l’Azawad, ce silence est perçu comme une forme de solidarité nationale qui privilégie la préservation de l’image de l’État malien au détriment de la reconnaissance des souffrances des victimes.

Pourtant, un nombre insuffisant de personnalités maliennes de l’opposition, telles que Boubacar Soumahoro dit Bouba Fané, Boh Dembelé, Oumar Mariko ou Sambou Sissoko, ont choisi de traiter ces violations de manière documentée, quels qu’en soient les auteurs, au nom de l’universalité des droits humains. C’est précisément sur cette question que se creuse le fossé entre une partie des opposants du Sud et ceux de l’Azawad.

Une véritable réconciliation politique ne pourra difficilement émerger sans une reconnaissance commune des faits documentés, des souffrances de toutes les communautés et un traitement équitable des violations, indépendamment de l’identité des victimes ou des auteurs.

Dans l’histoire des conflits au Mali beaucoup dénoncent le manque de justice transitionnelle à l’égard des victimes civiles de l’armée malienne depuis les évènements de 1963 à ceux des années 1990 qui ont endeuillés les communautés touaregues et arabes.

Rappelons qu’en janvier et février 2013, l’armée malienne a commis beaucoup de massacres sur les peulhs dans des villages situés dans le delta central du fleuve Niger dans la région de Mopti où au moins plus de 30 leaders de cette communauté dont des imams et chefs coutumiers ont été tués et jeté dans des puits par l’armée malienne selon des rapports documentés par la fédération internationale des droits humains.

Et depuis l’avènement de Wagner et d’Africa Corps, beaucoup ont également constaté que les missions de l’armée malienne et de ses partenaires russes ne ciblent pas leurs adversaires qui sont le JNIM, l’état islamique au grand Sahara ou le front de libération de l’Azawad mais plutôt les populations civiles touaregues arabes et peules comme par exemple les massacres sur les populations du village de Moura en Mars 2022 lors d’un jour de foire hebdomadaire ou l’attaque contre les populations civiles à Hombori en Mai 2022 ou à Diafarabe à Avril 2025 ou à Zarho le Janvier 2025 et le 11 Avril 2025, bref la liste est longue.


Tant que cette exigence d’équité ne sera pas pleinement partagée, le dialogue entre les différentes composantes de l’opposition malienne restera profondément fragilisé.

Beaucoup de maliens du sud ne s’intéressent qu’à la politique et au pouvoir, ceux qui touchent les populations civiles touaregues, arabes, peules en termes de massacres qu’elles subissent de la part des forces armées maliennes et leurs partenaires russes ainsi que par les tirs des drones, sont ignorés par beaucoup de maliens y compris par beaucoup d’opposants au régime pour le simple fait que celà nuit à l’image du Mali et à son intégrité territoriale.

C’est une réalité factuelle qu’on essaye d’ignorer. Et c’est le point de rupture avec ceux qui sont victimes de la barbarie qui pensent que de ce fait les maliens du sud ne considèrent pas les communautés du nord ou de l’Azawad comme des citoyens ordinaires maliens mais plutôt des citoyens de seconde zone.

Hors celà pousse à croire que le Mali applique du colonialisme qu’elle a toujours rejeté au détriment de la France sur les populations du nord du Mali appelé Azawad même si l’état essaie de brandir 6 à 7 touaregs ou arabes qui sont acquis à sa cause pour dire que les touaregs et les arabes sont dans la république mais celà relève d’une machination stratégique pour blanchir les crimes sur les populations.

LES POLUATIONS CIVILES, PREMIÈRES VICTIMES

Au-delà des débats politiques et militaires, les conséquences humaines demeurent considérables.Déplacements massifs de populations vers la Mauritanie, l’Algérie, la Libye, le Niger et même vers l’Europe, destruction des infrastructures, fermeture des écoles et des centres de santé, effondrement des activités économiques, insécurité alimentaire et restrictions des libertés publiques composent désormais le quotidien de nombreuses régions du Mali et de l’Azawad.

Dans ce contexte, la crise malienne dépasse largement le cadre d’un simple conflit armé. Elle traduit l’effondrement progressif de la confiance entre une partie des populations, les institutions de l’État et les différents acteurs politiques et militaires.

Près d’une décennie après la signature de l’Accord d’Alger, le pays demeure confronté à une question essentielle : comment reconstruire un cadre politique capable de réconcilier les différentes composantes de la nation tout en répondant aux exigences de sécurité, de justice et de respect des droits fondamentaux ?

Sachant que le Mali sous Assimi Goita se trouve dans la pire des situations qu’il n’a jamais connu avec un équilibre perdu entre les populations civiles de la région de l’Azawad et celles du sud et entre les populations du centre et celles du sud. Va-t-on au morcellement du Mali en trois pays ou en quatre ou plus ? Quelles sont les positions des pays limitrophes et d’autres ?


Par Mohamed AG Ahmedou. Reposté par le Groupe de Soutien Azawad

08-07-26