Mali : quand la transition devient confiscation, le récit d’une tragédie nationale

Mali : quand la transition devient confiscation, le récit d’une tragédie nationale

Par Mohamed AG Ahmedou, journaliste et militant de la société civile originaire de Tombouctou et de Taoudeni, aujourd'hui en exil.

Ce que nous vivons aujourd’hui au Mali dépasse la simple dérive autoritaire. C’est une tragédie nationale qui conjugue domination militaire, complaisance vis-à-vis de forces extrémistes et abandon des populations les plus vulnérables. La junte, loin de protéger les Maliens, participe activement à leur mise en danger.

Le JNIM : un pouvoir parallèle aux pieds de l’État
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) ne se limite pas aujourd’hui aux zones nordiques (Tombouctou, Kidal, Gao, le Macina, le pays dogon). Il s’étend désormais dans de vastes territoires du sud du Mali, avec des relais locaux notamment chez des acteurs issus de la communauté Bambara, comme Bina Diarra alias Abou Houzeyfa et Souleymane Keita. Ce déploiement témoigne d’une stratégie territoriale que l’État malien ne contrôle plus.

Par ailleurs, l’État islamique a perpétré un massacre contre les populations nomades touaregues et arabes de la région de Ménaka : plus de 4 000 personnes tuées entre 2018 et 2022. Depuis mai 2022, l’organisation s’est installée dans la ville d’Anderboukane , une cité historique plus grande que Kidal, comme base opérationnelle qui attaque les trois pays de régimes de fait du Sahel central.

Ces dynamiques montrent que le Mali ne fait plus simplement face à un défi sécuritaire local : c’est une décomposition de l’autorité nationale, à laquelle la junte ne répond pas avec protection, mais par l’abandon.

La junte, complice active du carnage
La junte militaire autocratique n'a à aucun moment protégé les populations civiles touareg, arabe, peul, dogon ou soninké.

Au contraire, elle a recruté des mercenaires russes (Wagner, Africa Corps) à qui elle a donné l'autorisation de massacrer ces populations. Elle a également eu recours à des bombardements utilisant des drones turcs, Bayraktar, Akinci, présentant ses victimes civiles comme des "terroristes" dans ses communiqués officiels.

Cette stratégie est non seulement inhumaine, mais inefficace : les sommes colossales payées pour les mercenaires et les drones n'ont pas ralenti l'expansion du JNIM.

Au contraire, l'extension du contrôle terroriste dans les régions du sud s'intensifie, en particulier le long des routes d'approvisionnement, notamment en carburant et en produits de première nécessité en provenance des pays côtiers (Sénégal, Mauritanie, Guinée, Côte d'Ivoire). En coupant ces flux, le JNIM contribue directement à plonger le pays dans une grave crise économique, avec la complicité de la junte.

Un verrouillage politique mis au service du chaos
La monopolisation du pouvoir politique et médiatique sert cette situation dramatique. En neutralisant l'opposition, la société civile et les médias, la junte s'assure qu'aucune voix ne puisse dénoncer cette alliance tacite entre le régime et les forces extrémistes.

Il applique ce verrouillage en suspendant les activités (avril 2024) puis en dissolvant (mai-juin 2025) des partis et associations, alors que l'AEEM (Association des étudiants du Mali) est ciblée depuis longtemps.

Dans un tel contexte, la « transition » n’est pas prolongée par hasard : elle devient un outil de consolidation du pouvoir et d’impunité devant les atrocités commises.

Pour une résistance citoyenne éclairée
Nous ne pouvons plus nous contenter d’un discours critique : il faut une résistance organisée, fondée sur la vérité des victimes et le témoignage des exilés.

Faire connaître ces crimes à l’échelle internationale (tribunaux, médias, institutions des droits de l’homme).

Unifier la diaspora en coalitions incluant les victimes des zones affectées.

Exiger une enquête indépendante sur l’action des mercenaires et les bombardements tombés sur des civils.

Revaloriser les propositions démocratiques, hors du cadre imposé par la junte, pour un Mali qui protège toutes ses composantes.

Le Mali ne se reconstruira pas en sacrifiant ses populations au nom d’un « combat contre le terrorisme » qui, dans les faits, ne sert que le maintien au pouvoir d’un régime complice qui ne tire sa légitimité que par le bout des canons.


Partagé par Azawad Support Group 30-09-25