
Par Mohamed AG Ahmedou, journaliste et analyste des dynamiques politiques et sécuritaires sahélo-sahariennes
Le pouvoir de Bamako tangue, et le mythe de la “souveraineté retrouvée” s’effrite à mesure que le pays s’enfonce dans la crise. En moins d’un mois, le Mali est paralysé par une asphyxie économique sans précédent. Les routes sont bloquées, les citernes brûlées, les stocks de carburant fondent, et les populations s’en remettent à un pouvoir de plus en plus isolé.
Pendant ce temps, les anciens mercenaires russes démontent les FAMAS, qu'ils traitent de lâches et peureux, comme pour symboliser la déconstruction d’un État jadis en guerre contre le terrorisme, désormais livré à ses propres impostures.
Le mythe de la "souveraineté retrouvée" s'effondre
Depuis les deux coups d’État d’août 2020 et de Mai 2021, le colonel Assimi Goïta avait promis de redresser un pays miné par la corruption et l’insécurité. Cinq ans plus tard, les Maliens font face à une réalité amère : le Mali est devenu un pays sous perfusion militaire russe et sous blocus économique jihadiste.
Le “rêve de souveraineté” s’est transformé en cauchemar logistique. L’approvisionnement en carburant , véritable colonne vertébrale de l’économie, est désormais suspendu aux humeurs du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), qui multiplie les attaques contre les convois venant du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et de la Mauritanie.
Kolondiéba et Louloni : les flammes de l'échec
Le 5 et le 6 octobre 2025, deux attaques successives du JNIM ont visé des camions-citernes à Louloni et à Kolondiéba, au sud du pays. Les images des véhicules calcinés, partagées sur les réseaux sociaux, rappellent l’incapacité du pouvoir malien à sécuriser les axes économiques vitaux. Quelques jours plutôt, le Premier ministre de la junte, le colonel Abdoulaye Maïga, présidait un “comité interministériel de gestion des crises et des catastrophes” censé renforcer la sécurité des convois. L’effet fut nul. La réalité du terrain a balayé les discours triomphants de Bamako.
La pénurie, symptôme d’un État en faillite
Depuis début septembre, la situation s’est aggravée. Le JNIM contrôle ou neutralise désormais plusieurs tronçons routiers reliant le Mali à ses voisins côtiers. Le carburant, déjà rare à Bamako, se vend à prix d’or sur le marché noir. Selon le journaliste malien Malick Konaté, la junte a elle-même détourné plusieurs citernes de carburant destinées à la mine d’or de Sadiola, dans la région de Kayes. Une accusation lourde qui illustre la confusion et le désordre d’un système où les ressources vitales sont instrumentalisées au profit d’un petit cercle militaire.
Le déni officiel : Un pouvoir qui ment à son peuple
Le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, continue d’affirmer que “le Mali maîtrise la situation”. Le même qui, hier encore, niait la présence des mercenaires russes de Wagner sur le sol malien. Une duplicité politique que les Maliens n’oublient pas. Quant à Choguel Maïga, l'ancien Premier ministre et idéologue autoproclamé du “nationalisme malien”, il s’était lui aussi moqué de ceux qui dénonçaient la présence de Wagner. Aujourd’hui, les mercenaires russes démontent les FAMAS, symboles de l’armée malienne formée par la France et redessinent à leur manière la carte du pouvoir militaire.
Une économie en chute libre
En 32 jours de blocus partiel, le Mali a perdu plusieurs milliards de francs CFA. Les transports sont paralysés, les produits alimentaires flambent, et les compagnies minières étrangères s’inquiètent. Les stations-service sont à sec, les villes tournent au ralenti, et les populations s’épuisent à chercher du carburant “au litre”, parfois vendu dix fois son prix officiel. Le pays s’enfonce dans un scénario d’économie de guerre, où la survie prime sur la dignité.
Un pouvoir illégal et illégitime face à sa propre impasse
Assimi Goïta, colonel putschiste et autoproclamé “sauveur de la nation”, semble aujourd’hui désemparé. La propagande du “Mali Kura” ou "Nouveau Mali en langue Bambara dominante des régions du Sud", ne convainc plus personne. Les slogans patriotiques ne peuvent masquer l’effondrement de la gouvernance, ni la faillite d’un régime qui s’est coupé de son peuple et de ses voisins. Le pouvoir militaire, en refusant tout dialogue politique réel et en criminalisant la contestation, a transformé la souveraineté en isolement, et la lutte antiterroriste en prétexte de répression.
Vers une implosion silencieuse ?
L’État malien, sous la férule d’une junte sans vision, semble se déliter par inertie. Les voix dissidentes sont muselées, les médias bâillonnés, et les élites civiles réduites au silence. Mais le chaos économique, les blocages routiers et la colère populaire laissent entrevoir une nouvelle étape : celle où le peuple malien, épuisé, pourrait réclamer des comptes à ceux qui ont fait de la “transition” un régime à vie.
L'illusion d'un pouvoir fort
L’histoire retiendra peut-être qu’au moment où les jihadistes brûlaient les citernes, les mercenaires russes démontaient les FAMAS, et les dirigeants maliens multipliaient les dénégations. L’illusion du “Mali souverain” se dissout dans la réalité d’un État affaibli, fracturé et discrédité. Un pays pris en otage entre le djihadisme et la dérive autoritaire d’un pouvoir illégitime.
Mohamed AG Ahmedou
08-10-25