AZAWAD : LA GUERRE CONTRE LES CIVILS

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Par Mohamed AG AHMEDOU

Des zones rurales de Tombouctou à Kidal, jusqu’au centre et au sud du Mali, les frappes aériennes, exécutions présumées et bombardements contre des populations civiles se multiplient.

Derrière le discours officiel de reconquête territoriale du régime du général Assimi Goïta, la réalité du terrain révèle un État fragilisé, incapable de stabiliser le Nord et de protéger les populations, tandis que les partenaires russes de l’Africa Corps semblent eux-mêmes reconnaître l’échec militaire dans l’Azawad.

Les récits qui remontent des zones rurales du Nord dressent le portrait d’un territoire gagné par la peur, où les populations civiles touarègues et arabes disent vivre dans l’angoisse permanente des frappes aériennes, des arrestations arbitraires et des représailles collectives.

Une succession d’incidents meurtriers dans le Nord:

Le mercredi 13 mai 2026, dans la localité d’Intefouk, près d’Aguelhok, dans la région de Kidal, monsieur Ahmed Ag Alhousseini, surnommé « Intaka », aurait été tué lors d’une opération menée conjointement par l’armée malienne et des éléments russes de l’Africa Corps. Selon plusieurs témoignages locaux, l’homme aurait été abattu à bout portant alors qu’il se trouvait dans une zone pastorale.

Cet épisode a profondément choqué dans les milieux nomades du Nord malien, où l’affaire est rapidement devenue le symbole d’une violence perçue comme indiscriminée contre les civils touaregs.

À peine vingt-quatre heures plus tard, un nouveau drame était signalé dans la région de Tombouctou. Le jeudi 14 mai, une mission militaire quittant la ville de Léré en direction des zones rurales aurait exécuté deux hommes touaregs à proximité du village de Sonima, dans la commune d’Aljounoub, relevant du département de Gargando.

Les victimes ont été identifiées comme Irou Ag Hamma Ag Zaybane et Houti Ag Baynana, tous deux issus de la communauté Touaregue de Kel Aghazaf de la région de Tombouctou.

Pour de nombreux habitants de la zone, ces morts ne seraient pas des incidents isolés mais les éléments d’une stratégie sécuritaire devenue incontrôlable. Dans plusieurs localités rurales du Nord, les habitants affirment désormais éviter les axes routiers, abandonner les campements et se réfugier dans des zones désertiques éloignées des villes.

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Bombardements et climat de terreur:

À ces exécutions présumées se sont ajoutés des bombardements signalés dans plusieurs secteurs du Nord malien connu sous le nom de l'Azawad.

Selon des sources locales, des frappes aériennes utilisant des microbombes auraient visé des localités rurales telles que Tintamaghayene, dans l’ouest de Gargando, mais aussi des camions logistiques situés au nord de Bourem.

Ces véhicules appartiendraient, selon certaines informations locales, à un proche du président du conseil régional de Taoudenit pourtant réputé favorable aux autorités de transition militaire malienne d'Assimi Goita.

D’autres frappes ont également été signalées dans la région de Kidal, où les populations civiles disent vivre dans la peur permanente des avions militaires.

Le samedi 17 mai 2026, un nouvel épisode a ravivé les tensions. Selon plusieurs témoignages recueillis dans la région de Kidal, un avion de chasse de type Sukhoi Su-24 utilisé par l’armée malienne et des éléments de l’Africa Corps aurait ciblé des campements civils situés à Talabit et Tadjmart, à environ 80 kilomètres au nord de la ville de Kidal.

Le bilan provisoire évoque quatre blessés, dont deux femmes, ainsi que la mort d’un enfant âgé de sept ans. Les frappes auraient également provoqué d’importants dégâts matériels dans les habitations et campements nomades.

Dans ces régions désertiques où les structures médicales sont rares, les blessés doivent souvent être évacués sur plusieurs centaines de kilomètres, dans des conditions extrêmement difficiles.

Le paradoxe du discours officiel:

Ces violences interviennent pourtant quelques jours après une déclaration publique du gouverneur de Tombouctou, Bakoun Konaté, qui appelait au calme et encourageait le retour des populations civiles touarègues et arabes ayant fui les violences des mercenaires russes d'Africa Corps et FAMAS dans plusieurs zones du Nord.

Mais sur le terrain, de nombreux habitants dénoncent un fossé grandissant entre les discours officiels et la réalité sécuritaire vécue quotidiennement par les populations locales.

Dans plusieurs cercles de Tombouctou et de Kidal, des familles entières continuent de quitter leurs campements par crainte des frappes aériennes ou des opérations militaires. Certains responsables communautaires parlent désormais d’un « exode silencieux » et voir même une épuration ethnique des populations nomades.

Cette contradiction fragilise davantage la crédibilité des autorités de transition maliennes, accusées par leurs détracteurs d’utiliser l’argument sécuritaire pour renforcer leur emprise politique alors que la situation sécuritaire continue de se détériorer.

Une guerre qui s’étend désormais au Sud du Mali:

L’inquiétude grandit d’autant plus que les violences ne se limitent plus au Nord.

Ce Dimanche 17 Mai, le village de Tené, dans la région de San, dans le sud du Mali, aurait été visé par des frappes de drones ayant touché un rassemblement organisé à l’occasion d’un mariage.

Selon plusieurs sources locales contactées par Méhari Post, au moins huit personnes auraient été tuées, parmi lesquelles des notables et des élus locaux. De nombreux blessés auraient été évacués vers le centre de santé de référence de San.

Si les circonstances exactes de cette frappe restent encore à établir, cet événement alimente une inquiétude croissante, celle de voir les méthodes militaires utilisées dans le Nord se généraliser progressivement à d’autres régions du pays.

Depuis plusieurs mois, les autorités maliennes présentent les drones armés et l’appui militaire russe comme des instruments essentiels de la lutte contre les groupes jihadistes. Mais de plus en plus de voix dénoncent des opérations menées sans transparence, sans enquêtes indépendantes et avec des conséquences dramatiques pour les populations civiles.

L’enlisement d’un régime militaire sous tension:

Près de six ans après le premier coup d’État militaire de 2020, le Mali semble s’enfoncer dans une crise multidimensionnelle où la militarisation du pouvoir ne parvient ni à restaurer durablement la sécurité ni à reconstruire la confiance nationale.

Au contraire, dans de nombreuses régions, les accusations d’exactions, les tensions communautaires et les déplacements de populations alimentent un profond ressentiment contre les autorités de transition et leurs partenaires russes.

Au-delà du drame humain, ces opérations militaires répétées contre des civils dans les régions de l’Azawad traduisent surtout une réalité stratégique de plus en plus difficile à dissimuler pour Bamako.

Malgré des mois de propagande officielle autour de la « reconquête » du Nord, la situation sécuritaire démontre que l’État malien peine toujours à contrôler durablement les vastes territoires septentrionaux.

Plus révélateur encore, plusieurs canaux de communication proches des éléments russes de l’Africa Corps ont récemment laissé entendre que l’objectif de reconquête totale de Kidal n’était plus prioritaire, voire devenu irréaliste dans les conditions actuelles. Pour de nombreux observateurs sahéliens, cette évolution constitue un aveu implicite d’échec militaire.

Incapable d’imposer une stabilité politique et sécuritaire dans le Nord, le pouvoir du général Assimi Goïta semble désormais privilégier une stratégie de démonstration de force aérienne dont les premières victimes restent les populations civiles.

Pour plusieurs observateurs sahéliens, le risque est désormais celui d’une fracture encore plus profonde entre l’État central et certaines populations périphériques, notamment touarègues, arabes et peules, qui estiment payer le prix d’une guerre menée sans distinction claire entre civils et combattants.

Dans ce contexte explosif, l’absence d’enquêtes indépendantes sur les violences signalées et le verrouillage progressif de l’espace médiatique malien contribuent à renforcer les tensions et la défiance.

Alors que les autorités de Bamako affirment lutter pour la souveraineté nationale et la stabilité du pays, de nombreux Maliens s’interrogent désormais : jusqu’où cette logique de guerre peut-elle conduire le Mali avant que le pays ne bascule dans une fragmentation encore plus profonde ?


25-05-26