
Une fosse commune récemment creusée pour certains des villageois massacrés. La chaussure - oubliée sur le sol, sert de rappel tragique de ce nettoyage ethnique en cours, effectué par l'armée malienne et l'Africa Corps. dans l'impunité la plus totale, ce qui constitue un crime contre l'humanité.
#Mali : Dans le silence de la communauté internationale, un génocide se déroule à bas bruit dans les villages touaregs.
Par Mohamed AG Ahmedou, journaliste et activiste de la société civile au Mali [Analyse].
Au nord-ouest du Mali, les patrouilles conjointes des Forces armées maliennes (FAMa) et des mercenaires russes d’Africa Corps ciblent systématiquement les communautés touarègues et peules.
Entre destructions méthodiques, exécutions sommaires et déplacements forcés, les violences commises fin novembre 2025 laissent apparaître les signes d’un génocide lent, assumé dans les faits mais ignoré par la communauté internationale.
Un mois de novembre marqué au fer rouge.
Du 25 au 27 novembre 2025, la région de Tombouctou a été traversée par une série d’opérations militaires particulièrement violentes. Les habitants décrivent des soldats maliens accompagnés d’unités russes progressant de village en village, tirant à l’arme lourde, incendiant les habitations, détruisant les réserves alimentaires et exécutant des civils.
Des scènes quasi identiques se répètent à Razelma, Amaranane, Tissikoreye, Émimalane, Takara, Toroma, Zouéra, Nijhaltate et dans plusieurs hameaux de la commune de Gargando.
Les témoins racontent des villages surpris à l’aube, des hommes exécutés devant leur famille, des femmes enlevées ou abattues, des enfants tués lors de tirs de mitrailleuses lourdes, et des anciens emmenés vivants avant d’être brûlés.
Toutes les populations ciblées appartiennent aux communautés Kel Aghazaf, Kel Ansar, Inatabane ou à des familles peules de bergers. Toutes avaient déjà signalé des violences et harcèlements répétés depuis le déploiement de Wagner et d’Africa Corps dans la région en 2023 et 2024.
Une logique de destruction qui ne peut plus relever de simples “opérations de sécurité”
Loin d’être des affrontements militaires, les opérations relèvent d’une stratégie claire : éliminer des civils, détruire les moyens de subsistance, affamer les survivants et forcer l’exil.
Les soldats déchirent les sacs de céréales, tuent les animaux, incendient les boutiques, dynamitent les tentes, sabotent les points d’eau. Dans certains villages, les habitants ont trouvé les puits remplis de sable ou d’ordures, une méthode déjà observée dans d’autres zones contrôlées par les Russes en Centrafrique.

Cette politique de la terre brûlée vise à rendre toute vie impossible. Dans plusieurs communautés, les hommes ont fui vers le lac Faguibine, les femmes se sont réfugiées à Essakane et une partie des familles ont marché des heures vers Goundam pour échapper aux patrouilles.
Le génocide ne se lit pas seulement dans le nombre de morts, mais dans la destruction systématique des conditions d’existence d’un groupe humain.
Une junte politiquement responsable.
Depuis 2022, Bamako a fait d’Africa Corps et des ex-Wagner le pilier de sa stratégie sécuritaire. La junte présente chaque opération comme « un succès contre les terroristes ». Pourtant, aucun élément ne montre la présence de combattants armés dans les villages visés fin novembre.
Les victimes sont toutes des civils identifiés localement. La présence systématique d’unités mixtes, la répétition des mêmes méthodes, la surveillance étroite exercée sur les survivants et l’absence de toute enquête nationale traduisent une responsabilité directe du régime malien dans ces crimes.
Certains militaires maliens, originaires de la région, ont même confié à leurs proches leur intention de quitter les rangs après avoir découvert le sort réservé à des civils qu’ils connaissaient personnellement.
Le silence international, un second crime.
Depuis les premiers massacres attribués à Africa Corps en 2023, aucune réaction ferme n’a été enregistrée.
L’ONU est paralysée par les jeux d’influence.
La CEDEAO, affaiblie, se tait.
L’Union africaine se réfugie dans la prudence diplomatique.
Les puissances occidentales privilégient la confrontation limitée avec Moscou au détriment de la protection des civils.
Ce silence crée un climat d'impunité totale.
Il légitime, par omission, la poursuite des attaques.
Il encourage l’idée que certaines vies comptent moins que d’autres.
Les villageois de la région ne demandent pas seulement une enquête : ils demandent que les morts soient reconnus, que les survivants soient protégés, que la destruction programmée de leur existence cesse d’être ignorée.
Victimes et localités ciblées (Novembre 25-27, 2025) : (Présenté dans le style des infographies du Monde Afrique)
Amaranane (Communauté Kel Aghazaf - 4 décès identifiés)
Oumar AG Mohamed, dit Idabsa
Hamad Ahmed AG Mohamed AG Aamri
Mohamedoune AG Mohamed AG Aamri
Fils de Oumar AG Kamoussa (nom en attente)
Nijhaltate (Communauté Kel Ansar - 4 décès confirmés + 3 probables)
Décès confirmés :
Attaye AG Alladi, 41 ans
Mohamed Aboubacrine AG Hamadi, 38 ans
Tafa Walat Attaye AG Alladi (fille)
Fadimata Walet Efad AG Ahmedou AG Lissou, 20 ans
Morts probables, en attente d'identification :
Deux femmes non identifiées Une fille non identifiée.
Autres victimes déclarées (enquête en cours) :
Takouberte Walet Ibrahim AG Hamadi.
Aïcha Walet Hammani, 28 ans.
Timma Walat Hamadi.
Hayou Walat Hamadi.
Autres localités touchées :
Émimalane : 1 mort
Takara : 2 morts
Toroma : 2 morts, dont un éleveur dans son troupeau
Zouéra & Tissikoreye : pillages, abattage d'animaux, destructions ciblées.
Gargando (Idawdakane - Tinalfaghayamane) :
Alla Ag Aljoumat, connue sous le nom d'Arzanat, 80 ans, arrêté puis brûlé vif par Africa Corps.
Deux civils faits prisonniers (dont un éleveur peul).
Dévastation des hameaux d'Akambou et d'Ingargouze.
Une ligne rouge a été franchie.
Les violences de fin novembre ne sont pas un épisode isolé. Elles s’inscrivent dans une série d’attaques coordonnées visant les mêmes communautés, avec les mêmes méthodes, les mêmes acteurs et les mêmes effets.
Un peuple peut être détruit de différentes manières :
Par les massacres, par la terreur, par la faim, par la disparition progressive de ses territoires.
C'est ce processus qui est à l'œuvre au Mali.
Et tant que le monde fermera les yeux, le pire restera possible.
PS: la vidéo, il s'agit des balles des armes qui ont tiré sur le regroupement de femmes, enfants et hommes du village de Nijhaltate par l'armée malienne d'Assimi GOITA et les militaires russes d'Africa Corps.
Des ingérences russes à travers ses militaires/ mercenaires et turcs à travers leurs industries de drones tueurs des personnes civiles au Mali.
28-11-25