
Lors de sa récente visite à Moscou, le président de transition malien Assimi Goïta a offert un sabre touareg au président russe Vladimir Poutine, déclarant que cet objet symbolique lui permettrait de "neutraliser tous ses ennemis". Quelques semaines plus tôt, le Premier ministre nigérien, Lamine Zeine, offrait au président rwandais Paul Kagame une œuvre d'art touareg, ornée de la croix d'Agadez, puissant emblème identitaire du peuple touareg.

Ces gestes hautement symboliques pourraient être considérés comme des signes de diplomatie culturelle. Mais dans le contexte actuel, ils révèlent surtout une profonde contradiction, voire une exploitation cynique d'un patrimoine culturel millénaire par des régimes qui, dans le même temps, répriment durement les communautés qui en sont les gardiennes.
Reconnaissance de la façade
L'art touareg, riche, raffiné et porteur d'une image de liberté, est devenu un outil diplomatique pour les régimes militaires de Bamako et de Niamey. Offrir un sabre ou un tableau aux chefs d'Etat étrangers, c'est tenter d'incarner une Afrique fière de ses traditions. Mais cette mise en scène masque une réalité brutale : ces mêmes autorités, qui promeuvent l'esthétique touarègue à l'international, n'hésitent pas à marginaliser, stigmatiser, voire persécuter les populations touarègues sur leur propre sol.
Une guerre invisible contre les Touaregs de l'Azawad
Au Mali, le gouvernement d'Assimi Goïta mène depuis des mois une campagne militaire féroce dans la région de l'Azawad. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme, des villages entiers sont bombardés par des drones et les civils touaregs sont pris pour cible dans ce qui ressemble de plus en plus à une expédition punitive. Les mercenaires russes du groupe Wagner, rebaptisé AFRICA CORPS, sont accusés de participer à ces opérations, de semer la terreur et la désolation.
Cette répression vise en premier lieu les régions à majorité touareg comme Kidal, Ménaka et Tessalit, considérées par le régime comme des foyers de rébellion. Mais ce sont les civils, les nomades, les enfants et les personnes âgées qui paient le plus lourd tribut. Et pendant ce temps, à des milliers de kilomètres de là, un sabre touareg est présenté en grande pompe au Kremlin comme un symbole d'honneur et de puissance.
La marginalisation persistante au Niger
Au Niger, la situation n'est guère meilleure. La junte militaire au pouvoir depuis le renversement du président Bazoum maintient une centralisation autoritaire à Niamey, sans véritable dialogue avec les régions sahariennes. Le geste du Premier ministre Lamine Zeine à Kigali, en offrant un travail touareg, contraste avec l'absence de reconnaissance politique, économique et culturelle des Touaregs dans les sphères nationales. Leur présence dans les institutions est marginale et leur voix est souvent étouffée.
L'art comme alibi politique
Ces gestes de diplomatie culturelle pourraient apporter l'unité et le respect. Mais lorsqu'ils sont déconnectés d'un désir sincère d'inclusion et de justice, ils deviennent de simples outils de propagande. Ils servent à polir une image internationale tout en consolidant un pouvoir autoritaire, ethnocentrique et souvent violent.
Si les juntes militaires du Mali et du Niger aiment l'art touareg, elles doivent aussi aimer les Touaregs. Elles doivent leur reconnaître le droit de vivre en paix, d'exister politiquement et de participer pleinement à la vie de leur nation. Sinon, ces épées, ces peintures et ces symboles ne seront que des trophées creux, offerts sur les cadavres d'une culture que nous admirons mais que nous refusons de respecter.
Mohamed Ag Ahmedou Mehari Consulting
05-07-25