Par Mohamed AG Ahmedou - Mehari Consulting


Le problème ? Ce chef terroriste n'existe pas. Le nom lui-même est une blague linguistique imaginée par deux internautes touaregs, Walid Le Berbère et Iknane Ag Hamad, en langue tamasheq : "Amazor Nachedh signifie littéralement "excrément d'âne" et Abou Bahou se traduit par "le père du mensonge".

La satire a été prise au pied de la lettre par plusieurs plateformes numériques proches du régime, qui ont relayé l'information sans la vérifier. "Quand on vous dit que Malikoura ne joue pas, vous ne le croyez pas", peut-on lire. La propagande s'est emballée, aveuglée par sa propre soif de légitimité militaire.
Les victimes civiles ignorées
Pendant ce temps, les familles sont en deuil. À Zouéra, la grève a détruit le hangar de Rahmatou, une restauratrice locale. Grièvement blessée aux jambes, elle a vu ses trois filles périr : Fadmata (14 ans), Oumalhassane (5 ans) et Fadimoutou (13 mois). Jiddou Ag Aloud, un client, est également mort sur le coup. Cinq autres personnes, dont un enfant, ont été blessées. L'une d'entre elles n'a même pas pu être transportée à Tombouctou, faute de moyens.
"Pourquoi attaquer une foire en plein jour, alors que tout le monde sait qu'elle a lieu tous les mardis à Zouera ? Il n'y avait que des commerçants, des familles et des enfants", s'est plaint un responsable de la société civile locale. Selon plusieurs témoins, les drones maliens n'ont visé qu'un véhicule contenant des barils vides appartenant à un commerçant connu, et non un convoi terroriste comme l'a affirmé l'armée sur les ondes de l'ORTM, la radio-télévision nationale.
Une stratégie de terreur et de mensonge
A Goundam, les témoignages convergent également. Treize hommes, tous d'ethnie peul et tamasheq, auraient été sommairement exécutés par des soldats maliens et leurs alliés russes. L'exécution macabre aurait été précédée de l'ordre de creuser leurs propres tombes près des dunes d'Inkorkor.
"Ce n'est pas nouveau", explique un expert local. "L'armée malienne utilise depuis longtemps une force disproportionnée contre les nomades. Ce qui change, c'est l'ampleur de la propagande qui accompagne ces crimes."
Le silence assourdissant des institutions
Ni les partenaires internationaux, ni l'Union africaine, ni même les organisations de défense des droits de l'homme n'ont commenté ces incidents. À Bamako, l'état-major parle de "guerre de l'information" et continue de présenter ses opérations militaires comme des succès, en s'appuyant parfois sur des plaisanteries transformées en faits.
Mossa Ag Inzoma, membre du Front de libération de l'Azawad (FLA), a plaisanté sur Facebook : "Le colonel Eched, tué par un drone malien, signifie âne, et son alias Abou Bahou signifie père du mensonge... Walid les a bien eus. Tikounen (bien joué) !"
Mais pour les familles endeuillées, il n'y a rien de drôle. Et peut-être plus tragiquement encore, dans ce conflit où les frontières entre mensonges, guerre et cynisme s'estompent, ce sont encore des civils innocents qui paient le prix du silence.

15-07-25