
La diffusion d'images attribuées à des combattants liés à l'appareil sécuritaire russe au Mali a suscité l'indignation de nombreux observateurs. Parmi elles, une photographie montrant un corps humain d'un touareg mutilé dont la disposition évoquerait une croix gammée d'Hitler a provoqué un choc particulier. Si l'intention réelle de ses auteurs reste à établir avec certitude, la portée symbolique d'une telle mise en scène ne peut être ignorée.
Par Mohamed AG Ahmedou, journaliste rédacteur en chef du Méhari Post.
L'affaire ne s'arrête pas à cette image. Quelques jours plus tard, des références à l'« Afrika Corps » sont apparues dans des espaces de communication associés à la sphère Pro-Russe. Or ce nom renvoie directement au corps expéditionnaire allemand déployé en Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale sous le commandement du maréchal Erwin Rommel. Dans l'imaginaire collectif, il demeure indissociable de l'expansion militaire du IIIe Reich.
Pris isolément, chacun de ces éléments pourrait être considéré comme une provocation ou une référence historique ambiguë. Mais leur accumulation soulève une question plus profonde : pourquoi mobiliser aujourd'hui, au Sahel, des symboles qui renvoient à l'univers politique et militaire de l'Allemagne nazie ?
Le malaise est d'autant plus grand que le groupe Wagner, longtemps principal instrument de la présence militaire russe en Afrique, porte le nom du compositeur Richard Wagner, figure culturelle admirée par Adolf Hitler. Bien que cette référence ne suffise pas à établir une filiation idéologique, elle contribue à nourrir les interrogations lorsqu'elle est associée à d'autres symboles plus explicites.
Pour de nombreux historiens et observateurs d'Europe orientale, ces images résonnent douloureusement avec la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. L'Union soviétique a payé le prix humain le plus lourd dans la lutte contre le nazisme. Le siège de Leningrad, qui dura près de neuf cents jours, demeure l'un des épisodes les plus tragiques du conflit. Des millions de citoyens soviétiques ont péri dans la guerre qui permit finalement la défaite de l'Allemagne hitlérienne.
Dans ce contexte, l'utilisation de symboles évoquant le nazisme apparaît comme une insulte à la mémoire des peuples qui ont combattu le fascisme. Elle heurte non seulement les Russes, mais aussi les Polonais, les Roumains, les Bulgares, les peuples de l'ex-Yougoslavie et l'ensemble des nations qui ont subi la violence du IIIe Reich.
La question est également politique. Depuis deux décennies, le pouvoir russe fait de la victoire contre le nazisme l'un des piliers de son récit national. Moscou invoque régulièrement l'héritage de la « Grande Guerre patriotique » pour légitimer son action internationale. Dès lors, comment concilier cette mémoire officielle avec la circulation d'images ou de références qui semblent emprunter à l'imaginaire fasciste ?
Les autorités russes sont confrontées à une contradiction. Si elles entendent demeurer les héritières de ceux qui ont vaincu Hitler, elles ne peuvent rester silencieuses face à des symboles qui rappellent les heures les plus sombres du XXe siècle. L'enjeu dépasse le Mali. Il concerne la signification même de l'antifascisme revendiqué par la Russie contemporaine.
Vladimir Poutine qui est né à Leningrad puis a fait ses études à l'université de l'État de Leningrad et son ambassadeur au Mali, au Niger et au Burkina, Igor Anatolievich Gromyko, petit-fils d'Andrei Gromyko qui fut ministre des affaires étrangères de l'Union soviétique pendant 25 ans, à travers leurs soutiens aux armées du Sahel et à l'armée malienne à travers Wagner et Africa Corps sont responsables de l'utilisation des milices fascistes et du retour du fascisme au Sahel, y compris les régimes illégaux et illégitimes du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Les Nations unies, l'Union européenne, les États-Unis d'Amérique et l'Union africaine sont interpellés face aux agissements d'Africa Corps et Wagner au Mali qui mutilent les corps des civils touaregs, arabes et peuls en formant des croix gammées d'Hitler.
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire rappelle une vérité essentielle, les symboles ne sont jamais neutres. Dans des sociétés marquées par la guerre et les traumatismes historiques, leur usage constitue toujours un message politique. Et lorsque ces symboles renvoient à l'univers du fascisme, leur banalisation ne peut être considérée comme un simple détail de communication.
C'est pourquoi les images diffusées depuis le Mali surtout celle de la Croix Gammée de la forme humaine d'un touareg à l'Est de Tombouctou ce 23 juin 2026, méritent une enquête approfondie et une condamnation sans ambiguïté car leur authenticité et leur intention sont confirmées. Car l'histoire du XXe siècle a montré où pouvait conduire l'indifférence face à la réhabilitation, même implicite, de l'imaginaire fasciste.
Mohamed AG Ahmedou
25-06-27