LES TENTATIVES DU MALI POUR BRISER LES TOUAREGS ET L'AZAWAD

By S A H A R A N M O I T O R.

Dès 1960 à Kidal, juste après la fin du régime colonial français, les gendarmes maliens ont instauré une politique d'humiliation systématique. Ils arrachaient les turbans des hommes touaregs dans leurs camps et les forçaient à regarder le soleil en face de leurs familles. Une taxe exorbitante fut imposée aux éleveurs. Ebanzan devint la première victime touareg à Taghlit : il fut tué pour avoir refusé de payer 500 francs. Cet événement marqua le début de la répression malienne.

Une vague de peur se répandit. Les Français partirent sans consulter la population locale, abandonnant le sort des Touaregs au Mali. Des hommes préparèrent clandestinement la résistance en achetant des armes à des fellagas algériens. En 1963, un tournant décisif se produisit : deux jeunes hommes de Boghassa, Iladi ag Alla et Toutaka, désarmèrent des gardes maliens qui extorquaient la population. Cet événement déclencha la rébellion de 1963.

La répression fut rapide. Les gendarmes à dos de chameau venus de Zoulbeyba, fidèles alliés du Mali, arrivèrent de Gao. Puis le capitaine Déby Syllas reçut carte blanche de Modibo Keïta pour « anéantir les Touaregs ».

Des unités blindées motorisées atteignirent Kidal. Des rebelles à dos de chameau menèrent quelques actions, mais Déby Syllas ciblait principalement les civils. Kidal, Tessalit et Aguelhok furent déclarées « zones rebelles » : tous les humains et les animaux devaient y être éliminés.

Le camp de prisonniers de Kidal ouvrit ses portes. Des familles entières y furent jetées. Les chefs furent arrêtés et exécutés, leurs proches contraints d'applaudir. Les puits furent empoisonnés, les jeunes femmes mariées de force, la culture touarègue interdite et remplacée par la culture bambara.

Des milliers de familles ont fui vers l'Algérie. Elles ont été poursuivies en territoire algérien avec l'aval d'Alger. Certaines ont été massacrées avec leurs animaux sur le sol algérien. La rébellion a été rapidement écrasée faute de munitions, de moyens de communication et de véhicules. L'Amenokal de l'Adagh a négocié la reddition des combattants en échange d'une amnistie. Certains ont déposé les armes, d'autres se sont exilés.

En 1964, la région de Kidal fut soumise. Les combattants qui s'étaient rendus furent exécutés (comme Akhlou Salem). Des centaines de familles périrent dans le camp de prisonniers, leurs corps brûlés sur les rives de l'oued méridional de Kidal.

En 1967, le parti US-RDA (par l'intermédiaire du capitaine Deby Syllas) décida d'éliminer les chefs touaregs traditionnels. Plusieurs notables furent arrêtés et torturés à mort : Hamzata ag Alqassoum, Rhissa ag Oumayata, et d'autres.

1973 : sécheresse sous Moussa Traoré. Le régime interdit toute aide aux éleveurs touaregs et instaure une taxe absurde : couper une branche d’arbre coûtait 25 000 francs maliens, tandis qu’une vache se vendait seulement 1 500 francs.

Après 1973, la sécheresse de 1984-1985 a aggravé la crise. Le scandale, connu sous le nom de « Villas de la sécheresse », a révélé que des fonds d'aide internationale avaient été détournés pour construire des villas de luxe. Un exil massif s'en est suivi vers la Libye, l'Algérie, le Niger, le Nigeria, la Côte d'Ivoire et même l'Arabie saoudite. L'accès à l'éducation est resté limité : seuls les lycées de Gao et de Tombouctou existaient, et l'université était située à Bamako. La région a été délibérément maintenue dans l'ignorance.

1992-1994 : l’armée et ses milices ethniques ont perpétré des massacres et pillé les propriétés touarègues à Gao et Tombouctou. Exode massif vers la Mauritanie, l’Algérie et le Burkina Faso.

Le Pacte national de 1992, qui promettait un statut spécial à l'Azawad, fut signé quelques semaines après l'adoption de la Constitution. Il ne fut délibérément pas intégré à celle-ci et ne fut donc jamais appliqué.

2012 : le MNLA libère l’Azawad et proclame son indépendance. Des accords successifs (Ouagadougou, Alger 2015) sont signés puis sabotés par Bamako.

Après les coups d'État, le Mali a massivement investi dans l'armement : drones turcs et mercenaires de Wagner. En 2023, une offensive de grande envergure a été lancée, avec pour objectif manifeste un nettoyage ethnique.

Des milliers de villages, de villes et de camps furent détruits. Des centaines de milliers de Touaregs fuirent. Bamako qualifia les Touaregs de « terroristes » et lança une vaste campagne de désinformation. Malgré les bombes à fragmentation, les Touaregs résistèrent.

Saharanmonitor


13-06-25