
RAPPORT PRÉLIMINAIRE
Relatif aux graves violations des droits humains et du droit international humanitaire dans l’Azawad Période couverte : du 26 avril au 19 mai 2026.
1 – Introduction
Date : 20/05/2026
Le présent rapport préliminaire vise à porter à l’attention de l’opinion nationale, régionale et internationale la multiplication des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire dans les territoires de l’Azawad.
Depuis plusieurs semaines, de nombreuses informations concordantes sur le terrain font état de frappes visant des civils et des biens de caractère civil, d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées, de découvertes de fosses communes, de détentions arbitraires ainsi que de traitements inhumains et dégradants imputés aux Forces armées maliennes (FAMa) et à leurs partenaires russes opérant dans plusieurs régions de l’Azawad.
Ce document ne constitue pas un rapport exhaustif. En raison de l’immensité du territoire, de l’insécurité persistante, des restrictions d’accès et de la poursuite des opérations militaires, il demeure actuellement impossible d’établir avec précision le nombre réel de victimes civiles, de personnes disparues, de fosses communes ou de détenus décédés en détention.
Les faits rapportés ci-dessous proviennent de témoignages locaux, de sources communautaires, d’informations recueillies sur le terrain ainsi que de signalements transmis à notre organisation.
Contexte général
Depuis plusieurs années, les territoires de l’Azawad connaissent une dégradation continue de la situation sécuritaire et humanitaire. Les opérations militaires menées dans différentes zones ont entraîné de graves conséquences pour les populations civiles, notamment :
• des déplacements forcés ;
• la destruction d’habitations ;
• des pertes importantes de bétail ;
• des restrictions d’accès aux soins ;
• des arrestations arbitraires ;
• des disparitions forcées ;
• ainsi que des atteintes répétées aux droits fondamentaux des populations.
Les populations civiles vivant dans des zones isolées sont particulièrement exposées en raison de l’absence de mécanismes de protection efficaces et du manque d’accès aux observateurs indépendants.

3. Documentation des violations signalées
3.1. Frappe contre le Centre de santé communautaire d’Em-Naghil
Région de Gao – Nuit du 26 avril 2026
Dans la nuit du 26 avril 2026, une frappe de drone a visé le Centre de santé communautaire (CSCom) d’Em-Naghil, dans la région de Gao. Selon les informations recueillies localement, cette attaque a causé la mort de plusieurs civils, dont :
• un agent de santé responsable du centre (Moghaze Ag Aboubacrine);
• ainsi qu’un patient hospitalisé.
Cette frappe aurait également provoqué d’importants dégâts sur les infrastructures sanitaires, compromettant l’accès aux soins des populations locales. Les structures médicales et le personnel de santé bénéficient d’une protection particulière au regard du droit international humanitaire.
3.2. Frappe contre un véhicule civil à Inagozmi
Région de Tombouctou – 10 mai 2026
Le 10 mai 2026, une frappe menée dans la localité d’Inagozmi, dans la région de Tombouctou, a ciblé un véhicule civil de type Hilux.
Le bilan provisoire fait état :
• de plusieurs morts ;
• ainsi que de blessés parmi les passagers civils.
Des témoignages locaux indiquent que les occupants ne participaient pas aux hostilités au moment des faits.

3.3. Bombardements d’habitations civiles à Marat
Entre Adjelhoc et Tessalit – Région de Kidal.
Des bombardements ont été signalés dans la localité de Marat, située entre Adjelhoc et Tessalit.
Selon les informations recueillies :
• plusieurs habitations civiles auraient été endommagées ;
• d’importants dégâts matériels auraient été enregistrés ;
• de nombreux animaux appartenant aux populations locales auraient été tués.
Ces attaques ont gravement affecté les moyens de subsistance des populations vivant essentiellement de l’élevage.
3.4. Violences contre des civils à Assikade.
13 mai 2026 – Région de Kidal.
Le 13 mai 2026, à Assikade, localité située à environ 7 km à l’ouest d’Adjelhoc, une patrouille des FAMa accompagnée d’éléments russes aurait :
• violemment agressé Sataw Ag Alkhamisse, qui aurait perdu la vie plus tard ;
• puis procédé à l’interpellation d’Ahmed Ag Alhousseiny, dit « Intika ».
Les circonstances exactes de cette arrestation demeurent inconnues à ce stade.

3.5. Découverte de corps et de fosses communes.
a) Zone de Nossi – Cercle de Léré (région de Tombouctou)
Des corps ont été découverts dans la zone de Nossi, située à environ 17 km au nord-est de Léré.
Les circonstances des décès ainsi que l’identité des victimes n’ont pas encore pu être établies avec précision.
b) Fosses communes près de Tessalit (Amachach)
Deux fosses communes ont été découvertes à proximité du camp de Tessalit (Amachach), à environ 100 à 150 mètres du site militaire.
Les coordonnées signalées sont les suivantes :
• 20°15’52.9″N
• 0°58’46.4″E
Selon plusieurs témoignages locaux :
• les populations riveraines craignent de s’approcher des fosses ;
• la présence possible d’engins explosifs dissimulés est redoutée ;
• cette pratique a déjà été signalée dans certaines zones depuis l’arrivée des mercenaires russes.
Aucune mission indépendante d’investigation n’a encore pu accéder librement à la zone.
3.6. Exécutions de civils près du puits de Toukki.
14 mai 2026 – Zone de Léré, région de Tombouctou
Le 14 mai 2026, quatre civils innocents — trois hommes et une femme — auraient été assassinés au niveau du puits de Toukki, situé à environ 35 km au nord-est de Léré, non loin de Sognima.
Selon les informations recueillies localement, ces civils auraient été exécutés par une patrouille de l’armée malienne accompagnée de mercenaires russes opérant dans la zone.
3.7. Usage signalé de bombes à sous-munitions.
15 mai 2026 – Région de Tombouctou.
Des informations recueillies localement indiquent que des bombes à sous-munitions auraient été utilisées pour la première fois sur le territoire de l’Azawad le 15 mai 2026, à environ 60 km d’Inagozmi, dans la région de Tombouctou.
Les agents de santé sur le terrain avancent également des soupçons d’utilisation de gaz moutarde dans le conflit actuel. Seule une enquête indépendante pourra vérifier la véracité de ces soupçons.
Ces frappes ont visé des véhicules civils.
Le même jour, un véhicule de type Toyota GX a été bombardé près de Tombouctou. Selon les témoignages disponibles :
Selon les témoignages disponibles :
• les occupants sont morts calcinés ;
• les victimes étaient des civils.
L’utilisation de sous-munitions dans des zones où se trouvent des populations civiles soulève de graves préoccupations au regard du droit international humanitaire.

3.8. Frappe aérienne sur des campements civils à Talabit et Tadjmart :
17 mai 2026 – Région de Kidal.
Le 17 mai 2026, un avion de chasse de type Sukhoi Su-24 des mercenaires russes d’Africa Corps, aurait ciblé des campements civils à Talabit et Tadjmart, situés à environ 80 km de Kidal.
Le bilan provisoire fait état :
• de quatre blessés ;
• dont deux femmes ;
• ainsi que de la mort d’un enfant âgé de 7 ans.
Les frappes auraient également causé :
• d’importants dégâts matériels ;
• la destruction partielle d’habitations et de campements civils.
Des informations complémentaires sont attendues concernant l’évolution de la situation.
3.9. Frappes contre des véhicules civils à Amasrakad et près de Tombouctou :
19 mai 2026 – Régions de Gao et Tombouctou
Le 19 mai 2026, une frappe de drone a visé un véhicule civil de transport de passagers à Amasrakad, dans la région de Gao.
Selon les informations recueillies localement, cette attaque a coûté la vie :
• au propriétaire du véhicule(Issouf Ag Aljimite un handicape;
• ainsi qu’à deux autres civils.
Le même jour, deux autres véhicules de transport civil auraient été bombardés non loin de Tombouctou. Les six occupants de ces véhicules auraient également perdu la vie.
Des témoignages font également état de l’usage de bombes à forte capacité destructive contre des populations civiles.
Ces attaques auraient considérablement renforcé le climat de peur parmi les populations civiles, qui déclarent ne plus pouvoir circuler librement ni accéder aux soins médicaux sans risque d’être prises pour cible.

4. Arrestations arbitraires, disparitions forcées et conditions de détention :
Notre organisation, Imouhagh International, a été saisie à plusieurs reprises concernant des cas de disparitions survenus après les événements du 25 avril 2026.
Plusieurs témoignages concordants font état :
• d’arrestations arbitraires ;
• de détentions secrètes ;
• de disparitions forcées dans les territoires de l’Azawad ainsi qu’à Bamako.
Des informations particulièrement alarmantes indiquent également que :
• des détenus seraient enfermés dans des conteneurs métalliques sans aération ;
• certains seraient privés d’eau et d’assistance ;
• de disparitions forcées dans les territoires de l’Azawad ainsi qu’à Bamako.
Notre organisation a également pu recueillir le témoignage d’un ancien détenu de la Sécurité d’État (SE), affirmant avoir subi :
• des actes de torture ;
• des violences physiques ;
• ainsi que des traitements inhumains et dégradants.
Selon son témoignage, plusieurs détenus n’auraient pas survécu aux sévices subis durant leur détention.

5. Impact humanitaire :
Les violences signalées ont entraîné de lourdes conséquences humanitaires pour les populations civiles :
• pertes en vies humaines ;
• traumatismes psychologiques ;
• la destruction d’habitations ;
• perte de bétail ;
• restriction d’accès aux soins ;
• déplacements de populations ;
• aggravation de l’insécurité alimentaire ;
• climat généralisé de peur au sein des communautés.
Les populations vivant dans les zones rurales et pastorales apparaissent particulièrement vulnérables.
6. Analyse au regard du droit international :
• Les faits documentés dans ce rapport sont susceptibles de constituer de graves violations :
• du droit international humanitaire ;
• du droit international des droits humains ;
• ainsi que des conventions relatives à la protection des civils en période de conflit armé.
Parmi les violations susceptibles d’être caractérisées figurent notamment :
• les attaques contre des civils ;
• les attaques contre des structures sanitaires ;
• les exécutions extrajudiciaires ;
• des disparitions forcées ;
• la torture ;
• les détentions arbitraires ;
• les traitements inhumains et dégradants ;
• ainsi que l’usage d’armes susceptibles d’a ecter indistinctement les populations civiles.
Ces actes pourraient engager la responsabilité pénale individuelle de leurs auteurs et commanditaires.
7. Recommandations
Aux organisations de défense des droits humains:
• d’ouvrir des enquêtes indépendantes, impartiales et transparentes ;
• d’identifier et poursuivre les responsables ;
• de garantir la protection e ective des populations civiles ;
• de mettre fin aux attaques visant les structures sanitaires et les biens civils ;
• de fermer les lieux de détention clandestins ;
• de respecter les normes internationales relatives au traitement des détenus.

À la communauté internationale
• d’agir de manière urgente afin de prévenir de nouvelles violations ;
• de soutenir la protection des populations civiles ;
• de lutter contre l’impunité.
Aux mécanismes internationaux indépendants :
• d’obtenir un accès sans restriction aux zones concernées ;
• d’enquêter sur les fosses communes signalées ;
• de documenter les violations commises ;
• de mettre en place une équipe indépendante chargée de rechercher et d’identifier les personnes disparues.
Aux organisations humanitaires et de défense des droits humains:
• de renforcer la surveillance des violations ;
• d’apporter une assistance aux victimes ;
• de soutenir les communautés a ectées;
8. Conclusion :
Le présent document constitue un rapport préliminaire établi dans un contexte de conflit marqué par des restrictions d’accès, des risques sécuritaires importants et la poursuite des opérations militaires.
Au regard de l’ampleur du territoire de l’Azawad et de la continuité des violences signalées, il demeure impossible à ce stade d’établir un bilan exhaustif des violations commises.
Seules des enquêtes indépendantes, approfondies et menées sur une longue durée avec l’appui des communautés locales permettront d’établir toute la vérité sur les exactions rapportées, les fosses communes, les disparitions forcées et les décès survenus en détention.
Nous rappelons que les civils, les femmes, les enfants et toutes les personnes ne participant pas directement aux hostilités sont protégés par le droit international humanitaire.
Toute atteinte délibérée à leur vie ou à leur intégrité constitue une violation grave susceptible d’engager la responsabilité de ses auteurs et commanditaires.
Adresse : 13 Rue Louis et Maurice Frouin 49000 Angers
E-mail : [email protected] Téléphone (France) : +33 7 82 92 84 01 https://imuhagh.org
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