
Monsieur André Bourgeot, Je me donne aujourd’hui le devoir de vous répondre, ainsi qu’à certains anciens responsables et diplomates français qui ont qualifié l’Azawad d’« absurdité historique ». Cette affirmation révèle soit une profonde méconnaissance de l’histoire sahélo-saharienne, soit une volonté politique de nier l’existence d’un peuple et d’un espace historique pourtant attestés depuis des siècles.
L’Azawad n’est ni une invention récente ni un slogan politique apparu au XXIe siècle. Le mot « Azawad » désigne depuis longtemps un espace géographique saharien et sahélien connu des populations locales, des caravanes transsahariennes, des chroniqueurs arabes et des explorateurs européens. Comme le Telemsi, l’Azawagh, l’Anchawadj, l’Eghazer ou l’Aghachar, l’Azawad renvoie à un territoire de circulation, de vie et d’organisation humaine au cœur du Sahara.
Cet espace fut pendant des siècles traversé par les caravanes transportant le sel de Taghaza, l’or, les manuscrits, les dattes et les marchandises reliant le Maghreb, le Sahel et l’Afrique noire. Tombouctou, Gao, Tadamakat, Araouane et Es-Souk ne furent pas des villes surgies du néant. Elles furent bâties, protégées et animées par les peuples sahariens : Touaregs, Arabes et autres communautés du désert.
Si l’Azawad n’avait jamais existé, alors que venaient chercher Al-Bakri, Ibn Hawqal, Léon l’Africain, Heinrich Barth, René Caillié et tant d’autres voyageurs et géographes dans ces cités caravanières ? Qui contrôlait et sécurisait les routes commerciales reliant le nord au sud du Sahara ? Qui administrait ces espaces, prélevait les taxes caravanieres et garantissait les échanges?
Les peuples de l’Azawad possédaient leurs propres systèmes politiques, sociaux et culturels bien avant la colonisation française. Les grandes confédérations touarègues,koiraboro et arabes avaient leurs hiérarchies, leurs règles de gouvernance, leurs alliances militaires et leurs espaces d’influence. Le royaume de Tadamakat, l’empire songhaï et la confédération des Oulliminden constituaient des structures politiques organisées et reconnues dans toute la région sahélo-saharienne.
Les vestiges archéologiques d’Es-Souk, ancienne capitale de Tadamakat, témoignent encore aujourd’hui de cette profondeur historique. Les historiens sérieux et les archéologues honnêtes devraient se rendre sur ces sites avant de nier l’existence historique de l’Azawad.
Notre peuple a résisté durant des siècles aux invasions et aux dominations extérieures : conflits avec le Hoggar, rivalités avec certains royaumes voisins, affrontements contre les Marocains après la chute de Gao, puis résistance face à la conquête coloniale française. Paul Marty, Eugène Bonnier, le colonel Klobb, le lieutenant d’Ivry, le lieutenant Ours et bien d’autres officiers coloniaux connaissaient parfaitement l’existence des sociétés touarègues et arabes qu’ils combattaient dans l’Azawad. La France coloniale n’a pas affronté un désert vide ; elle a affronté un peuple organisé.
Les tirailleurs coloniaux envoyés contre les populations de l’Azawad n’ont pas effacé notre mémoire ni notre identité. Nous sommes un peuple ancien, enraciné dans cette terre depuis des siècles, avec nos langues, nos traditions, nos structures sociales et notre histoire.
Le nom d’un pays importe moins que la réalité humaine et historique qu’il représente. Beaucoup d’États dans le monde tirent leur nom d’un fleuve, d’une région ou d’un espace géographique. Le Mali lui-même porte le nom d’un animale hyppoptame. Pourquoi alors vouloir refuser à l’Azawad ce droit élémentaire à l’existence historique et géographique?
L’Azawad existe dans la mémoire des peuples, dans les récits des voyageurs, dans les manuscrits anciens, dans les ruines des cités caravanières et dans les sacrifices de générations entières qui ont défendu cette terre.
On peut débattre des frontières modernes. Mais nier l’existence historique, culturelle et sociale de l’Azawad relève du révisionnisme et du mépris envers les peuples saharo-sahéliens.
Abdoul Karim Ag Matafa
Charge de l'administration et des bureaux, Front de libération de l'Azawad, FLA
12-05-26