
Par S A H A R A N M O I T O R
L'histoire coloniale a redessiné les frontières. Si le Mali moderne tire son nom de l'ancien empire (1235-1610), son utilisation comme nom d'État remonte à 1960. À l'inverse, Azawad apparaît comme désignation géographique dès les années 1920 sur les cartes coloniales.
Avant l'arrivée des Français, la région ne portait pas de nom unique. La zone saharienne était le territoire de grandes confédérations touaregs (comme les Iwillimidan et les Kel Adagh) et d'autres communautés (Maures, Songhaï, Peuls) occupant des espaces distincts.
La colonisation française a artificiellement unifié ces régions sous le nom de Haut-Sénégal-Niger, puis Soudan français (de l'arabe Bilad al-Sudan, « pays des Noirs », qui désignait historiquement la région subsaharienne).
En 1958, le territoire devint autonome et prit le nom de République soudanaise. En mai 1958, des notables de la zone saharienne adressèrent une lettre à la France pour refuser le rattachement au reste du Soudan français. Le nom de « Mali » n'y fut jamais mentionné.
La France cherchait à conserver le Sahara via l'OCRS (1957) pour ses ressources pétrolières. Face à la résistance et aux pressions locales (influencées par le FLN algérien), Paris a cédé et a maintenu la partie saharienne rattachée au Soudan français.
En 1960, la Fédération du Mali (Soudan + Sénégal) voit le jour. Après son effondrement, la République soudanaise conserve le nom et proclame la République du Mali le 22 septembre 1960. L’usage politique moderne du terme « Mali » remonte précisément à cette date.
Entre-temps, le nom Azawad (un terme d'origine berbère/maure désignant un bassin sédimentaire) a été cartographié par les Français dans les années 1920. En 1958, il était revendiqué politiquement pour désigner la région saharienne (Gao, Tombouctou, Kidal).
Qu’en est-il du Mali médiéval ? L’empire du Mali (1235-1610) a existé, si l’on en croit les récits de voyageurs. Mais à l’arrivée des colons français, cette entité politique avait disparu depuis des siècles, et l’emplacement exact de sa capitale fait encore débat parmi les archéologues.
En résumé : l’adoption politique du nom Azawad au Nord (1958) est antérieure à l’utilisation par l’État du nom Mali au Sud (1960). Les deux termes sont légitimes : l’un relève d’un héritage impérial médiéval, l’autre d’une réalité géographique et politique du XXe siècle.
In addition: Voici un lien vers des articles sur les cartes précoloniales et coloniales où Azawad est mentionné. Azawad (ou Azaouad) figurait déjà sur des cartes précoloniales dès le XVe siècle. Sur certaines de ces cartes, le mot « Touareg » est inscrit autour de la région désertique d'Azawad, accompagné des noms des différentes confédérations touarègues, fondements de la société touarègue.
De plus, au sud d'Azawad, après ce qui est écrit Masena ou Masina (Massina), on trouve sur certaines cartes les mots « Melli » et « Bambara ». Cela montre que le peuple Bambara vivait bien au sud d'Azawad et non dans la zone désertique d'Azawad qui, comme nous le savons, était et est (depuis des millénaires) le territoire des Azawadiens.
Deux territoires différents, avec des peuples et des cultures différents, rattachés de force par la France coloniale – contre la volonté explicite du peuple d’Azawad – et lui donnant le nom de Mali.
Du jour au lendemain, leur terre/territoire, l'Azawad, fut intégré à un nouvel État doté d'un gouvernement centralisé hostile à leur identité, leur langue, leur culture et leur mode de vie. Ils devinrent ainsi des « étrangers » marginalisés sur leur propre terre.
Une marginalisation qui a dégénéré en génocide ethnique.
Voilà la racine du conflit, qui ne cessera jamais tant qu'Azawad n'aura pas obtenu sa liberté.
Groupe de Soutien l`Azawad